
Les plantes à parfum
Il existe des plantes qu'on ne cultive pas pour leurs fruits ni pour leur ombre, mais pour ce qu'elles laissent dans l'air.
La rose Centifolia
La rose Centifolia, ou rose de mai, est cultivée à Grasse depuis le XVIIe siècle. Son nom vient de ses fleurs aux cent pétales. Elle s'est imposée parce qu'elle produit beaucoup de matière et surtout parce que son parfum, à la fois floral, miellé et légèrement poivré, est particulièrement exploitable en transformation.
Sa récolte est l'une des plus courtes de toutes les plantes à parfum : quelques semaines seulement, en mai, d'où son nom de rose de mai. Elle se fait uniquement à la main, tôt le matin, quand la fleur vient de s'ouvrir et que son parfum est à son apogée. La fleur cueillie ne se conserve pas : elle doit être travaillée dans la journée.
Cette exigence en main-d'œuvre a marqué la vie du pays grassois : familles entières dans les champs au mois de mai, paniers remplis au fil des rangs, matinées entières de cueillette.
C'est une culture exigeante, qui a largement contribué au développement de la parfumerie locale, et qui reste aujourd'hui l'un des symboles les plus forts de Grasse.
Le jasmin Grandiflorum
Le jasmin Grandiflorum est cultivé à Grasse depuis le XVIe siècle, mais son développement prend vraiment de l'ampleur au XIXe siècle, quand la parfumerie grassoise connaît son essor.
Sa fleur, petite et d'un blanc pur, dégage un parfum intense, à la fois floral, chaud et légèrement fruité, qui en a fait l'une des matières les plus recherchées de la parfumerie.
C'est une culture exigeante. La plante demande un entretien constant tout au long de l'année : elle est protégée du gel en hiver, taillée et attachée à la main.
Et pendant la saison, pendant l'été, la fleur doit être cueillie tous les jours, une par une, à la main, tôt le matin, avant que la chaleur ne dissipe son parfum.
Très fragile, la fleur ne se conserve pas : elle doit être transformée dans les heures qui suivent la récolte. Il faut environ 10 000 fleurs pour obtenir un seul kilo. Chaque kilo de jasmin représente donc des heures de cueillette, ce qui en fait l'une des productions les plus intensives en main-d'œuvre de toute l'agriculture.
Pendant longtemps, le jasmin a été l'une des cultures les plus importantes de la région, avec des récoltes pouvant atteindre plusieurs tonnes chaque saison. Sur notre exploitation, il reste aujourd'hui cueilli à la main, comme il l'a toujours été.
La tubéreuse
La tubéreuse arrive plus tard à Grasse, au XIXe siècle. Sa fleur blanche, portée en épis sur de longues tiges, dégage l'un des parfums les plus puissants du monde végétal : capiteux, crémeux, presque enivrant. C'est une fleur qui ne passe pas inaperçue.
C'est une plante qui demande du travail tout au long de l'année. Les bulbes sont plantés au printemps, un par un, à la main. À l'automne, chaque bulbe est retiré de terre, nettoyé, puis stocké à sec pour passer l'hiver à l'abri du froid, avant d'être replanté au printemps suivant. Un cycle complet, répété chaque année, bulbe par bulbe.
La floraison est estivale, et la récolte a ceci de particulier qu'elle se fait au crépuscule, au moment où la fleur commence à libérer pleinement son parfum. Là où la rose et le jasmin se cueillent à l'aube, la tubéreuse impose son propre rythme, en fin de journée.
La tubéreuse a quasiment disparu des champs grassois dans la seconde moitié du XXe siècle. Sa culture y est aujourd'hui rare, ce qui en fait l'une des matières les plus précieuses du territoire.



